Kasuku | Un championnat pas comme les autres
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Un championnat pas comme les autres

A la surprise générale, le taux d’échec anormalement élevé aux examens de l’Ecole polytechnique avait été provoqué par l’épreuve pratique qui avait pris de court la plupart des candidats. Elle avait consisté au montage d’un meuble IKEA comportant plus de 30 vis.

Le syndicat des étudiants a évidemment protesté énergiquement contre ce type d’épreuve, accusant presque les organisateurs de sadisme et de vouloir sciemment attaquer l’élite montante du Pays.

Les dirigeants de la célèbre école se sont défendus en expliquant que, dans la société d’aujourd’hui, savoir monter un meuble IKEA était aussi important que savoir lire et écrire ou changer les fusibles. Cette épreuve avait aussi pour but de rappeler aux polytechniciens qu’ils ne devaient pas perdre de vue que la participation à l’installation d’un foyer était le symbole inamovible de la famille, elle-même fondement de l’Etat.

La Direction d’IKEA, consciente de ses responsabilités et voyant là une opportunité de conditionner les enfants à devenir de futurs acheteurs, avait donc organisé à leur intention des ateliers ludiques où on leur apprenait à monter de petits meubles et à déchiffrer les idéogrammes qui accompagnent leur montage. Le succès ayant dépassé toutes leurs espérances. L’idée avait alors germé dans les têtes pensantes de la multinationale suédoise d’organiser le premier championnat du monde de montage de meubles IKEA.

Depuis plus d’un an donc, les succursales IKEA dans le monde ont commencé à entraîner puis à sélectionner des candidats pour l’épreuve finale qui devrait se dérouler à Lausanne à une date encore non précisée. Les candidats sont déjà nombreux. Ils suivent tout d’abord un entraînement théorique intensif au cours duquel ils apprennent à distinguer du premier coup les vis 105284 de celles qui portent les N° 109094 ou 100402, et à ne pas confondre les chevilles 101359 de celles qui portent le N° 101345. Pour parfaire leur entraînement, ils proposent spontanément d’aller monter les meubles au domicile de clients qui sont évidemment enchantés de ne plus devoir effectuer cette opération délicate.

Très vite, un phénomène inattendu a vu le jour : une nombreuse clientèle féminine offre même des primes intéressantes à ces jeunes candidats pleins d’ardeur et leur demandent de venir à leur domicile pour monter des canapés ou des lits. Souvent, ces dames leur suggèrent ensuite de bien vouloir vérifier avec elles le moelleux des matelas et la résistance des ressorts aux efforts conjugués d’ébats animés et variés. Il est donc vite apparu que le montage des meubles IKEA était devenu un sport complet qui faisait appel à l’intelligence et à un effort physique prolongé. Le règlement du concours est simple et comporte deux catégories d’épreuve :

  1. meuble comportant moins de 30 vis
  2. meuble comportant plus de 30 vis
  3. les outils utilisés sont obligatoirement ceux fournis par IKEA

Pour la circonstance, les laboratoires secrets d’Ingvar Kamprad, le propriétaire de la firme suédoise, préparent pour l’épreuve deux meubles inédits. Des experts en rébus préparent les notices de montage. L’esthétique et la rationalité des meubles imaginés pour cette épreuve ne seront donc dévoilées qu’au moment de l’épreuve. Les concurrents seront donc tous placés sur pied d’égalité.

Le choix de Lausanne pour les épreuves finales n’est pas dépourvu d’arrière-pensées et c’est la présence du siège du Comité international olympique qui a probablement fait choisir cette ville pour y organiser cette compétition d’un genre nouveau. Dans les milieux bien informés, il semble même que des négociations secrètes entre Ingvar Kamprad et Jacques Rogge, l’actuel président du Comité olympique, soient déjà bien engagées : IKEA sponsoriserait généreusement les jeux olympiques de 2020 à condition que les épreuves de montage de meuble soient admises comme une nouvelle discipline olympique. On en saura probablement davantage dans un avenir proche.